Ecouter son intuition

Cy Twombly, Vénus+Adonis, 1978

Certains la considèrent comme une certitude, une conviction, une évidence, qui peut prendre la forme d’une sensation, d’un ressenti. Pour d’autres, c’est une petite voix, une sorte de sagesse intérieure. Les créatifs parlent d’inspiration, les scientifiques de l’effet « Eurêka ! », l’éclair de génie. D’ailleurs ne dit-on pas que l’intuition est notre 6ème sens ?

Le mot intuition vient des mots latins « intuitio » qui signifie « la vision, le regard » et « intueri », « in » signifiant « en », « dans » et « tueri », « regarder attentivement, comtempler ». L’intuition représente une forme de compréhension directe et spontanée, qui ne s’appuie ni sur l’expérience, ni sur des indices sensoriels extérieurs à nous : il s’agit d’accéder à une connaissance qui provient de l’intérieur de nous si l’on en croit l’étymologie.

Albert Einstein dans Comment je vois le monde, parlait d’elle comme d’un « bon qui se produit dans la conscience, une solution s’offre à vous et vous ne savez pas pourquoi ».

Du côté du Larousse, « c’est une forme de connaissance immédiate qui ne recourt pas au raisonnement ». C’est une sensation d’évidence, une sorte de prémonition. Elle surgit, d’impose, nous guide… ou nous trompe. Elle peut se manifester par une voix intérieure, une émotion soudaine agréable ou déplaisante, ou une sensation physique qui s’impose à nous.

Le mode intuitif est un processus cognitif à part entière. Cela signifie que tous, nous possédons cette compétence, tout comme nous avons la capacité d’apprendre à nager ou à jouer du piano. Mais nous constatons que certaines personnes ont davantage l’intelligence des situations, cernent mieux les autres ou bien établissent des liens instantanés entre les différents aspects d’un problème.

Pourquoi cette inégalité ? Psychologies qui consacrait en mai dernier un dossier spécial sur l’intuition constate que les intuitifs ont souvent grandi dans un milieu émotionnellement instable, entre des parents d’humeurs changeantes, passant de la tendresse aux cris. Très tôt, pour se protéger, il leur a fallu essayer de deviner dans quel état d’esprit ils allaient trouver leur père et leur mère. D’autres, à l’inverse, ont bénéficié d’un milieu familial ouvert, privilégiant la créativité, la spontanéité, ayant permis à l’enfant d’être à l’écoute de ses émotions et de leur faire confiance pour agir. Les personnes très intuitives sont souvent qualifiées d’instinctives.

Mais tout n’est pas perdu pour les autres ! Cette capacité peut être entraînée grâce à la mise en œuvre de méthodes d’apprentissage qui permettent de convoquer et de répéter les moments d’intuition. Ce qui permet de mieux les comprendre. En effet, il arrive généralement que nos émotions, nos jugements, nos interprétations entrent en jeu et se mêlent à nos perceptions intuitives. Ce que nous prenons alors pour des intuitions sont en fait l’expression de nos peurs, de nos désirs, de nos a priori ou encore projections… Il existe pour cela sur Paris une l’école de l’intuition, iRIS qui, grâce à une méthode, apprend à décoder les différentes phases du processus intuitif et à distinguer ce qui est intuitif de ce qui ne l’est pas…

Comme l’instinct, l’intuition est précieuse pour évaluer une situation qui exige une réaction rapide. Mais elle est beaucoup plus complexe, car elle mobilise nos fonctions cognitives : notre capacité à apprendre, notre intelligence. Pour les philosophes et les psychologues, elle apparait comme un mode de connaissance à part entière. Pascal pensait que c’est elle qui nous fait prendre conscience du temps qui passe. Actuellement, les chercheurs estiment qu’elle augmente la créativité et améliore la prise de décisions.

Einstein affirmait d’ailleurs que le plus important en science est d’avoir de bonnes intuitions et non d’avoir étudié longtemps. C’est d’ailleurs la tendance actuelle dans le développement personnel que d’inciter les gens à privilégier davantage notre côté intuitif que la raison, peu propice à l’innovation. Mais attention tout de même, de nombreux chercheurs nous invitent à ne négliger ni l’une, ni l’autre.

Le psychologue et économiste Daniel Kahneman, Lauréat du prix Nobel d’économie en 2002 s’est efforcé d’expliquer l’origine de l’intuition. Selon lui, elle est le résultat d’un calcul ultrarapide dont nous n’avons pas conscience, effectué à partir d’informations fournies par notre expérience de la vie ou des connaissances acquises dans notre métier. Ainsi, nous avons l’intuition que telle personne est fiable ou non parce que nous avons rassemblé, sans même nous en rendre comptent tous nos savoirs sur les individus rencontrés depuis notre naissance. Ce qui revient à dire que plus nous aurons acquis de connaissances, plus nous seront intuitifs.

Mais attention, si nos intuitions sont supposées nous guider, elles parviennent aussi très facilement à nous égarer. La sensation de clarté ou d’évidence qu’elles font germer ne garantit en rien leur justesse !

Source : Psychologies, n°409, mai 2020, dossier « L’intuition, comment l’écouter et la développer »

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