Le corps que j’ai ou que je suis?

Corps-objet ou corps sujet ? Á travers l’histoire et les sociétés, comment replacer la notion du corps, ses perceptions et la relation que chacun entretien avec le sien.

La société occidentale a, depuis Platon, dissocié «âme-corps-esprit », prouvant que la tendance était de considérer le corps à part. C’est avec l’apparition de la phénoménologie au XXème siècle qu’une réconciliation corps-esprit apparait.
 
 « Je ne suis pas devant mon corps, je suis dans mon corps, plutôt, je suis mon corps » (Merleau Ponty)
 
Faire abstraction du corps reviendrait donc à inviter chacun à une quête pour se réapproprier son corps et surtout à « vivre son corps ». Ceci étant d’ailleurs une tendance actuelle dans nos sociétés. Le secteur du bien-être et du développement personnel par le biais de pratique corporelle par exemple n’a jamais été aussi porteur.
 
Toutefois, si l’on regarde du côté des cultures orientales ou amérindiennes, la question ne se pose pas. Le corps est pour elles, une unité : le corps comme une seule et même dimension.
Nous avons ici l’idée que prendre conscience de son « moi » est en réalité en liaison, « en confluence » avec son corps. Si j’ai conscience de moi « je suis » alors j’ai conscience du monde extérieur et le corps que j’ai prends tout son sens. A l’inverse, si je suis consciente de moi corporellement (le corps que j’ai) alors je peux être consciente émotionnellement et mentalement (le corps que je suis). On pourrait se dire que le développement physique et le développement psychologique sont les deux faces de la même pièce.
 
« Ce qui est profitable pour notre corps semble aussi le meilleur soutien pour notre santé  » (Brigitte Chavas)
 
La difficulté réside dans le fait d’être tout à la fois corps objet et corps sujet, un corps que l’on a et un corps que l’on est. Nous sommes à la fois un corps physique qui renvoie au dehors et un corps psychique qui renvoie au-dedans de l’être.
 
Personnellement j’aime l’idée « d’habiter son corps », de l’incarner. C’est une notion abordée dans un article écrit par Brigitte Chavas. Elle évoque le « corps-maison » et c’est une idée qui résonne en moi. Et puis bon, je n’ai pas appelé mon activité « maison plexus » pour rien…
 
Je considère en effet mon corps comme une maison avec un dedans et un dehors et ses multiples façons de l’habiter. Parfois j’ai envie de m’y poser pour exister, parfois j’ai envie de l’entretenir. Parfois je suis dedans, parfois je suis dehors. Pourtant, je sens aussi que le corps est mouvement, flux et qu’il vit et se vit.
 
« Quatre-vingt-dix-huit pour cent des atomes de l’organisme étaient absents un an auparavant. Le squelette qui semble si solide n’était pas le même trois mois plus tôt… La peau se renouvelle tous les mois. La paroi de l’estomac change tous les quatre jours et les cellules superficielles qui sont au contact des aliments sont renouvelées tous les cinq minutes… Si le corps est une maison, alors c’est une maison dont les briques seraient systématiquement remplacées chaque année. Si l’on conserve le même plan, il semble qu’il s’agisse de la même maison. Mais en réalité, elle est différente » (Brigitte Chavas)
 
Les approches psycho-corporelles comme le massage bien-être ou encore la sophrologie abordent le corps non pas seulement du point de vue physiologique et anatomique mais aussi comme le lieu d’affects, d’émotions et un outil de relation. C’est donc en prenant conscience de mon moi corporel, que je peux avoir accès à ma conscience d’être (psyché). Le massage intuitif prend en compte l’ici et maintenant, en conjuguant l’environnement, la relation entre le masseur et le massé, l’ambiance intérieure du massé.
 
« Nous naissons le corps que je suis et nous construisons le corps que j’ai « (Carl Gustav Jung)
 
« Lorsque le jeune enfant réalise que l’image qu’il donne à voir aux autres est son image du miroir, et que cette image n’est pas lui, que les autres n’accèdent à lui que par ce qu’il donne à voir, du coup, il privilégie les apparences et néglige ses sensations internes. Dorénavant, il oubliera le dedans pour ne s’occuper que du dehors » (Juan David Nasio)
 
Ce qui intéressant ici c’est de se rendre compte que le corps sujet est finalement notre première essence. Nous sommes de l’intérieur, du dedans et que lorsque nous venons au monde, nous naissons authentiques, complets, intègres, congruents.
C’est seulement après notre naissance avec la dissociation de nous-même et des autres (d’abord avec la mère), que nous prenons conscience du regard de l’autre et donc par conséquent de notre image. C’est ici qu’apparait la notion de corps objet.
 
« Corps vu et corps vécu ». Durant toute notre existence, l’image du corps vu s’imposera sans cesse dans la conscience au détriment des images du corps vécu, qui, elles seront négligées et refoulées dans le silence et l’inconscient. C’est donc tout l’enjeu de ces approches psycho-corporelles que de s’attacher à réhabilité le corps vécu.

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