Le toucher pendant la COVID-19

©Alice Rougeulle

Comment la Covid-19 perturbe-elle notre sens du toucher ? 

Il aura fallu en être privé pour prendre pleinement conscience de son importance. Depuis plus d’un an, la pandémie de COVID-19 met à mal un sens pourtant vital à l’être humain : le toucher. Pourquoi le toucher est-il aussi important ? Quelles sont les conséquences de la privation de contacts dans nos relations sociales ? Comment notre rapport à l’autre se relèvera-t-il de cette situation sans précédent?

Le toucher un doux et lointain souvenir

Il semble bien loin le temps où faire la bise pour saluer un ami, prendre un proche dans ses bras ou serrer la main d’un collègue faisait partie de notre quotidien. Ces gestes étaient des automatismes, presque instinctifs, comme des marqueurs sociaux. Ils avaient leur importance même si on n’y prêtait que peu d’attention. Depuis que la pandémie de COVID-19 s’est invitée dans notre vie, nos relations sociales ont été considérablement  chamboulées. Mesures barrières, distanciation sociale et gel hydroalcoolique, les mesures sanitaires drastiques mises en place en vue d’enrayer l’épidémie de coronavirus diabolisent les interactions physiques entre les individus.

Éviter les contacts physiques est une des mesures sanitaires les plus martelées. Au fil des mois, la privation de ce sens au combien important génère un manque cruel. Est-ce un hasard? Par vraiment. 

Le toucher : le premier sens de l’Homme.

L’importance du toucher commence bien avant la naissance. Pendant la grossesse, il est le premier sens à se développer chez le fœtus. Le bébé caressé par les vibrations du liquide amniotique différencie petit à petit son corps du monde extérieur grâce à ses capteurs tactiles. Cette importance perdurera encore bien après la naissance puisque le sens du toucher permettra à l’enfant de se construire émotionnellement. Calinés, embrassés, caressés, massés, les bébés développent ainsi leurs facultés cognitives bien plus que ceux qui en sont privés. 

Tiffany Field, professeure et psychologue américaine, avait déjà démontré par le passé qu’un enfant pouvait développer diverses pathologies liées au manque de contact. 

Le toucher, un sens qui tisse des liens.

Si nous ne pouvons nous passer quotidiennement de boire ou de manger, il en est de même pour le toucher. Ce sens est un besoin vital. Pourquoi ?  Bien plus qu’un banal besoin de contact, le toucher permet de percevoir les émotions chez l’autre, valide l’affection des proches et diminue les angoisses. Cette réalité se vérifie toute notre vie car si d’autres sens déclinent tels que la vue ou l’odorat, le toucher lui, reste intact. 

Pourquoi accorder une telle importance à ce besoin de contact ? 

La réciprocité dans le toucher est fondamentale. Être touché implique de toucher l’autre en retour. Ainsi nous connaissons les limites de notre propre corps, ressentons des sensations et des émotions. On peut alors appréhender le monde qui nous entoure, qu’il soit agréable ou désagréable. De leur côté, les contacts physiques permettent de renforcer l’estime de soi

Recevoir un baiser, une caresse, une poignée de mains n’est pas juste un geste. Ce contact de la peau permet de véhiculer des émotions à travers le corps grâce à une réaction physiologique. Il permet de diminuer le cortisol, une des hormones responsables du stress. Si par chance le contact est prolongé, une autre hormone appelée l’ocytocine, se répand dans le corps créant une sensation de bien-être. C’est ainsi que se créent les liens entre individus. Alors forcément, les conséquences de cette privation imposée par la crise du coronavirus sont bien plus importantes qu’une simple interdiction de toucher. D’une crise sanitaire nous sommes en passe de vivre une crise relationnelle. Les autres nous manquent.

Les conséquences neurologiques et psychologiques de la privation de toucher

Cette injonction de ne plus toucher rien ni personne sous peine de risquer la propagation du virus a des conséquences psychologiques. Si l’envie de serrer nos proches sans nos bras suite à une longue séparation est plus que tentante, cette petite voix intérieure fait aussitôt volte face pour nous arrêter net dans notre élan. “Stop ! C’est interdit ! ”. On en arrive à développer un syndrome appelé l’haptophobie. Un nom barbare désignant la peur de toucher et d’être toucher. Plus l’épidémie est longue, plus elle finit par laisser des séquelles dans nos esprits.

Un autre phénomène psychologique observé concerne le cerveau et plus précisément ce que l’on appelle des “ hotspots”. Ces zones neurologiques carencées par le manque de contacts ne sont alors plus en mesure de déterminer si une situation est agréable ou non. Il en résulte donc une difficulté d’adapter nos comportements et réactions. Le stress généré par cette perturbation se traduira chez certains individus par une augmentation du volume des amygdales ou par des modifications d’ordre cérébral comme la diminution du cortex préfrontal. Des symptômes notables se manifesteront par une baisse de la concentration et /ou l’augmentation des comportements routiniers.

Heureusement, l’effet inverse est aussi en train de se produire. Ce manque d’affection a même un nom :  “ huidhonger ” pour les néerlandais, “ skinhunger ” pour les anglo-saxons : comprendre la faim de peau. Les individus ont besoin de contact !

Comment compenser l’absence de toucher ?

Comment compenser ce manque à l’heure où toucher l’autre est devenu un geste à proscrire ? 

Bien sûr, la technologie nous aide à garder le contact. Voir nos proches, même par écrans interposés, permet d’atténuer ce manque de relations physiques douloureux à supporter. Au-delà de ce manque épidermique, il existe plusieurs solutions permettant de pallier temporairement cette absence de contacts.

  • Se faire masser

Si les restrictions sanitaires ont contraint les professionnels du massage à suspendre temporairement leur activité, du moins en zone de confinement, se faire masser lorsque cela reste possible est un moyen idéal de compenser le manque de contacts. 

D’ailleurs si les mesures barrières existent c’est aussi pour permettre aux professionnels du massage d’exercer leur métier en toute sécurité, pour eux et pour nous. Car s’offrir un vrai massage, effectué dans les règles de l’art par un masseur ou une masseuse confirmée assure la production d’une bonne dose d’ocytocine, de quoi en ressortir le corps apaisé et l’esprit ressourcé. Rien de tel pour souffler un peu pendant cette période anxiogène.

Et si les massages professionnels ne sont pas encore autorisés, peut-être trouverez-vous au sein de votre foyer une âme charitable prête à endosser le rôle de masseur pour vous offrir ce moment de bien-être !

  • Pratiquer l’automassage 

Si notre toucher est important pour l’entourage, en temps de COVID-19 où les contacts sont à éviter ne nous oublions pas pour autant. Nos mains sont précieuses ! Alors pourquoi ne pas mettre ce fabuleux outil de bien-être à notre profit? S’automasser peut aider à libérer les tensions, se rassurer et regonfler la confiance en soi.

  • Prendre un bain chaud

En plus de délasser et détendre les muscles, la caresse de l’eau sur la peau rappelle au corps le liquide amniotique. Un moment de bien-être dont on aurait tort de se priver ! ( À condition de posséder une baignoire cela va de soi !)

  • Garder le sens du mouvement et l’esprit occupé 

Certains se consoleront par la pratique de sport, parfois intensive. D’autres développeront leur créativité qu’elle soit culinaire, manuelle, musicale. L’idée étant d’occuper l’esprit mais aussi le corps en l’accompagnant de mouvements.

  • Pratiquer la sylvothérapie

En Islande, les gardes forestiers ont recommandé la pratique de la sylvothérapie, c’est-à-dire enlacer les arbres. Leur contact aurait les mêmes effets apaisants qu’un câlin de nos proches. 

  • Adopter un animal

Autre possibilité pour compenser le manque de contact : adopter un animal de compagnie. Caresser une petite boule de poils, chat, chien ou lapin apaise la tête, les émotions et apporte une sécurité affective.

Ce n’est pas un hasard si le nombre d’adoptions a explosé pendant le premier confinement ! Mais attention tout de même à bien prendre en considération la responsabilité sur le long terme qu’impose un animal. Une adoption n’est jamais une décision à prendre à la légère.

Le toucher après la COVID

Cette crise sanitaire ne se terminera pas sans laisser quelques séquelles. Les interdictions, l’injonction de distanciation physique nous marquent  et il faudra du temps pour retrouver une relation à l’autre sereine et apaisée. 

Il y aura naturellement de la retenue et les questions du type “ est-ce que j’ai à nouveau le droit de toucher l’autre? ” viendront sans doute perturber un temps la spontanéité des élans tactiles. Mais progressivement, quand le collectif prendra conscience que toucher n’est plus synonyme de risque de propagation du virus, les gestes d’abord timides et hésitants se feront plus francs, plus sûrs et sincères. Alors les émotions que le toucher véhicule reprendront toute leur place. Notre société cessera progressivement d’être trop aseptisée.

La COVID-19 et toutes ses perturbations s’éloigneront de notre esprit. Bien sûr cela nous semble encore difficile à l’heure actuelle, mais cela arrivera et nous penserons de moins en moins à cette pandémie sans précédent.

Heureusement, l’homme est résilient et sait se réinventer même en période de crise.

Article écrit par Olivia Navel aka jolillemom, auteure et rédactrice web.

2 réponses sur “Le toucher pendant la COVID-19”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *